En fait, l’identité perdue, n’est pas en toute rigueur un concept non-philosophique. Pour un non-philosophe, l’identité peut être masquée, contrainte, faussée, oubliée, empéchée et c’est seulement par là même qu’elle peut être dite perdue. Car l’identité est une pratique une-fois-chaque-fois et ainsi donnée à chaque pratique. Elle n’est d’ailleurs pas non plus (re)donnée car il n’y a pas de causalité entre l’identité de la pratique de cette fois-ci et l’identité donnée par la pratique de cette fois-là. Lorsque l’on croit qu’il y a continuité entre l’identité d’hier et l’identité d’aujourd’hui il ne s’agit que d’une hallucination, d’une habitude de croyance.
La société et l’habitude pratiquent une « assignation à identité », une forge de l’identité. C’est bien pour cette raison que nous pouvons être « surpris de reconnaître (ou de ne pas reconnaître) quelqu’un que nous n’avions pas vu depuis un certain temps : il n’y a pas d’absolu de l’identité. Les sociétés traditionnelles l’ont parfaitement compris et l’ont formalisé et ritualisé à travers le carnaval, qui est un « droit de changer d’identité », mais pour un temps seulement. Car sans identification, aucun contrôle n’est possible. Et sans contrôle pas de Société.
Il est nécessaire pour que la Société soit, que l’identité ne soit plus sujete à chaque pratique en identification, mais qu’elle soit ritualisée, formalisée. Forme qui dans les pays de culture écrite prend la forme de « papier d’identité ». Nous rappellerons, cependant, que la carte d’identité à été crée en France en 1940 sous le régime de vichy. (Si l’acte de naissance paroissial est plus ancien, il participe de la même volonté de contrôle de la communauté).
Alors est-on plus soi-même parce que l’on a (ou pas) un papier l’affirmant ?
La société et la philosophie croient que le Sujet est le « s’a » le (se avoir) une identité. Comme si l’identité pouvait être « eu » une fois pour toutes. Comme si seul l’age pouvait altérer la photo d’identité. Mais la création de papiers d’identité n’empeche pas l’usage de pseudonymes (artistiques ou autres), de surnoms, ou tout simplement de descriptions : « le grand blond à lunettes » qui toutes sont des pratiques d’identité, même si elles ne peuvent se prévaloir d’être des pratiques EN identité. La pratique EN identité ayant cette particularité que si elle donne identité, elle les donnes toutes. La pratique DE l’identité EN identité nécessitant une philosophie où pratiquer pour en limiter la portée.
Puisque nous devons, en Société, justifier de son identité, c’est bien la démonstration que l’identité n’est pas directement liée au Sujet. Qu’il n’y a pas d’ « identité qu’a le Sujet », d’avoir du Sujet. L’identité est une pratique une fois chaque fois, mais autant une pratique de l’Autre qu’une pratique de soi-même. C’est une pratique du Vécu pondérée par l’émotion. Emotion qui complete le vécu pour lui donner un futur. L’identité n’est pas un ici et maintenant, elle est un hier donc aujourd’hui auquel on s’attache, et à qui l’on donne de la valeur par l’émotion.