« Le fichier Edwige (acronyme d’Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale), dont le décret de création est paru le 1er juillet au Journal Officiel, contiendra des informations concernant les « individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ». Ces données pourront aussi être collectées sur les personnes « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique », ou jouant un « rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». »
[Non à EDVIGE !
C/o Ligues des Droits de l’Homme
138 rue Marcadet
75018 Paris]
Nous ne pouvons pas tout savoir du Monde, l’omniscience n’est pas une qualité de l’homme. La croyance en la protection par la fiche se veut une réponse pragmatique au Monde comme incomplet.
De plus en plus, nos sociétés considèrent l’inconnu, non plus comme un savoir, une vie à découvrir, mais comme un danger, un risque. Le danger n’est même plus l’Autre, l’étranger - même si l’accent est encore plus mis sur son étrangeté -, il est tout ce que l’on ne sait pas. Mythe de la transparence qui craint tout ce que l’on ne peut prévoir et qui tente donc de transformer l’homme en une machine programmée, à tout instant surveillé et prévisible.
Alors on croit que l’on peut le maitriser en le fichant.
Mais c’est une illusion de croire que la fiche sait. Et pas seulement parce qu’elle peut contenir des informations fausses.
La Dangerosité est le maitre mot : il transpose au comportement humain les méthodes statistiques. Une fois les comportements statistiquement attribués à un groupe, les caractéristiques du groupe sont appliquées à chaque membre comme déterminées individuellement. Ce profilage, appliqué à la race, serait dénommé racisme, mais appliqué aux comportements sociaux, il ne soulève pas les mêmes levées de bouclier… du moins tant que le groupe déterminé appartient à une minorité. Pourtant d’un point de vue méthodologique, cette pratique qui se veut rationnelle, voire scientifique, n’a pas de validité : Quel physicien oserait affirmer qu’il peut prévoir le comportement individuel d’un atome précis parce qu’il en connaît le groupe atomique ?
Le critère pragmatique se veut efficace et seulement efficace. L’efficacité justifiant tous les accros aux principes précédemment considérés comme inaliénables. L’excuse se voulant toujours une économie de moyens, une diminution des coùts, un rendement meilleur.
Mais si une minorité est rejetée, une tendance d’un certain nombre de ses membres sera de ne plus la revendiquer et au contraire d’affirmer sa participation à la majorité. Cette affirmation, pourtant, n’implique pas qu’ils croient vraiment participer à cette majorité, mais seulement qu’ils préfèrent la tranquilité, les faisant entrer dans la clandestinité.
Car l’identité n’est pas « une fois pour toute », même une race se détermine par des pratiques croisées entre la société et l’individu : Michaël Jackson est il noir
?
Si la Fiche n’est jamais la solution, ce n’est pas en raison de ses qualités intrinséques, mais parce que l’identité n’est pas statique. L’identité est une pratique dynamique que l’on doit renouveller à chaque identification. Et cette identification ne participe qu’à cette vision du Monde particulière où elle a été déterminée.